Lady Céline dans un épisode inédit de Jalna

Lady Céline dans un épisode inédit de Jalna

Ce matin-là, Lady Céline se réveilla aux aurores pour profiter du domaine de Jalna. Depuis que son mari avait succombé à une méchante fièvre, en rentrant de la vilaine guerre, l'indomptable jeune femme avait pris l'habitude de faire de longues marches dans la forêt, parcourant de part en part les terres de ses ancêtres, respirant les odeurs d'humus détrempé les lendemains d'orages, écoutant les oiseaux gazouiller, admirant la sève monter dans les feuilles. Communier avec la nature avait aidé l'indomptable veuve à calmer sa peine au début. Et puis, il y avait eu Gunther, le garde-champêtre. Gunther, un solide gaillard prussien, aux cuisses trapues, aux mains robustes parcourues de grosses veines viriles. Au début Lady Céline avait résisté. Puis l'appel de la chair avait été trop fort, irrésistible. Et l'indomptable jeune femme à la chevelure intrépide avait rendu les armes, plongeant avec délice dans des abîmes de plaisir sauvage. Mais ce matin-là, en approchant de la bicoque de Gunther, une bâtisse de bric et de broc qui trahissait le caractère fougueux de son propriétaire, Lady Céline sentit une inquiétude sourde étreindre son coeur délicat et néanmoins intrépide. A travers la crasse qui recouvrait les vitres mal dépolies, elle vit deux silhouettes enlacées dans une étreinte passionnée que même à cette distance, quinze pieds et deux lieues, elle percevait d'une incroyable intensité. Lady Céline laissa échapper un hoquet : c'était Lady Chatterley, prestement troussée par Gunther ! Oh rage, oh cruel destin, qui arrachait à ses bras l'objet de son affection ! Alors, dans un sursaut d'indomptabilité, l'intrépide jeune veuve au caractère bien trempé retourna au château et décida de se défouler en taillant son chêne centenaire, armée du plus grand sécateur qu'elle put trouver. Cet année-là, à Jalna, aucun arbre n'échappa à la vindicte de l'indomptable castratrice. Lady Céline vécut fort longtemps, jusqu'à un âge admirable mais toujours seule. Elle resta, jusqu'à la fin, surnommée par tous, La Dame aux Grands Ciseaux. Ceci explique peut-être cela.

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