DVD de la semaine : Au nom de la terre, un film choc sur le suicide d'un agriculteur

DVD de la semaine : Au nom de la terre, un film choc sur le suicide d'un agriculteur

Vous avez vu "L'amour est dans le pré"? L'émission de dating dans le monde agricole, entre rendez-vous galants et images bucoliques d'agneaux tous mignons qui gambadent dans des champs magnifiques ? Après les clichés, voici le film vérité. Voici l'envers du décor. Ou plutôt, l'enfer du décor ! Le réalisateur Edouard Bergeon nous raconte dans "Au nom de la terre" une histoire inspirée de celle qu'il a vécue adolescent. Le suicide de son père, un agriculteur accablé par les dettes et incapable de s'en sortir qui finit par craquer...

On fait la connaissance de Pierre Jarjeau, un jeune homme qui débarque des States, du Wyoming, où il a vécu comme un cow-boy. Fort de son expérience et plein de fougue, il rentre au pays, à 25 ans, pour y retrouver sa fiancée Claire et reprendre l'exploitation familiale. Mais son père, Jacques, un homme dur et taiseux ne lui fait aucun cadeau. Il lui laisse une entreprise lourde à gérer et lui fait payer un loyer. D'abord plein d'entrain, Pierre investit massivement pour se moderniser mais très vite,  l'effondrement des prix agricoles et les normes européennes trop contraignantes deviennent insupportables. Les dettes s'accumulent, Pierre bosse comme un dingue jour et nuit et peu à peu, il perd pied. Malgré l'amour de sa famille, sa femme qui tient la compta et travaille à côté en plus pour aider, son grand fils qui lui donne un coup de main, sa plus jeune fille qui l'adore, Pierre se laisse submerger et glisse à vitesse grand V vers le burn out...

On assiste à sa descente aux enfers, sans pathos et avec beaucoup de réalisme, des images très belles, brutes, sans fioritures, et un jeu impeccable de sobriété de tous les acteurs, Rufus, le père, Veerle Baetens, l'épouse ou Anthony Bajon, le fils, et surtout, Guillaume Canet dans le rôle de Pierre. C'est lui qui, ayant découvert en 2012 le documentaire d'Edouard Bergeon "Les fils de la terre", consacré au malaise paysan et à l'explosion de suicides ces dernières décades, a contacté le réalisateur, alors journaliste pour France Télévisions, afin  de lui proposer de produire un long métrage de fiction sur le même sujet. "Au nom de la terre" est un film dur, brutal, sans concessions, un film indispensable qui fait mal au coeur et nous éclaire sur la situation dramatique de beaucoup d'agriculteurs. Il rend hommage à une profession mal connue, mal aimée, sur laquelle on projette beaucoup de fantasmes et de malentendus. Le grand public citadin a tendance à voire les paysans comme des gens qui se plaignent tout le temps des saisons, (soit il ne pleut pas assez, soit il pleut trop), qui polluent, alors qu'ils sont souvent contraints par les lobbies d'utiliser certains produits et qui demandent des aides ou bloquent les routes lors de leurs manif. Edouard Bergeon les réhabilite s'il en était besoin et signe un film puissant, comme un cri d'espoir. Preuve que les agriculteurs avaient jusqu'à maintenant été complètement oubliés ou dédaignés par le cinéma, le film a rencontré un énorme succès. En particulier dans les petites villes où les gens n'ont pas l'habitude d'aller au  cinéma. Bergeon raconte l'anecdote d'une octogénaire qui lui a avoué n'avoir jamais mis les pieds dans une salle obscure mais qui a fait une exception pour "ce film-là". 

Rêvons un peu et espérons simplement que le film aura aidé à faire prendre conscience du problème...

Le film est nommé dans trois catégories aux césars qui seront décernés le 28 février: Meilleur film, César du public et Espoir masculin pour Anthony Bajon, déjà formidable dans "La prière".

"Au nom de la terre" d'Edouard Bergeon avec Guillaume Canet, Veerle Baetens, Rufus, Anthony Bajon, Diaphana, 16,99€

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