Notre premier Annie Ernaux ...
-
❤️AU NOM DU PÈRE👨👦
En 1967, Annie Ernaux décroche son Capes pour devenir prof titulaire. Deux mois plus tard, son père meurt à 67 ans sans la voir réaliser ce rêve qu'il convoitait pour elle : qu'elle devienne mieux que lui grâce aux études. La romancière décide de lui rendre hommage en racontant son existence de paysan normand devenu petit commerçant et surtout, comment une distance de classe s'etait installée entre eux dès l'adolescence...
Le croirez-vous, c'était la première fois qu'on lisait Annie Ernaux mais bien plus que son prix Nobel de littérature, c'est le sujet de ce roman qui nous a attirées. Peut-on avoir honte de ses origines, de ses parents, sans être forcément un monstre ? Selon nous, c'est un sentiment trés humain chez les enfants mais une fois adultes, peu osent en parler. C'est donc avec un certain courage qu'Annie Ernaux affronte le sujet. Ses difficultés à communiquer avec son père n'ont rien à voir avec un manque d'empathie mais plutôt avec un décalage d'éducation. Et malgré les incompréhensions entre le père et sa fille ( il dénigre les livres et refuse la modernité, elle lui reproche son étroitesse d'esprit et son mépris pour la culture) c'est une véritable déclaration d'amour qu'on découvre derrière le style dépouillé, la sécheresse des phases, une écriture et une émotion à l'os, sans fioritures qui rejettent tout sentimentalisme.
Ernaux raconte frontalement ce père aux origines très modestes, un bleu de travail pour la semaine, un costume pour le dimanche, un homme qui a érigé le travail en valeur cardinale et dont le leitmotiv est "il ne faut pas péter plus haut qu'on l'a".
Ce court roman plein d'émotion contenue nous a bouleversées et fut une très belle entrée en matière dans l'oeuvre d'Ernaux qu'on continuera d'explorer.
Il vous tente ? Vous l'avez lu ? Quel autre roman nous conseillez-vous ?
"La place" d'Annie Ernaux, Folio, 6,10€



/image%2F0192857%2F20230901%2Fob_c654b4_capture-d-ecran-2023-09-01-a-15-29.png)