Miséricorde, le film du mois
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De quoi ça parle : Jérémie, un jeune trentenaire revient dans le village de Saint-Martial en Aveyron pour les obsèques de son ancien patron boulanger qui l'a formé au métier. Il va dormir chez la veuve de ce dernier Martine mais très vite, les habitants de cette petite communauté refermée sur elle-même se montre hostile envers lui et Vincent, le fils du défunt disparait...
Ce qu'on en pense : Plonger dans un film d'Alain Guiraudie, c'est accepter d'être surpris, bousculé, dérangé. C'est entrer dans un univers cinématographique unique en son genre, à la créativité toujours renouvelée. On avait adoré son "Inconnu du lac" il y a quelques années et nombre de ses films ont fait polémique car Guiraudie n'a rien à faire de la morale et de la bienséance et rien ne l'amuse plus que d'exciter les mentalités bourgeoises étriquées, par exemple en montrant des homos décomplexés qui se galochent ou se tripotent en toute décontraction aux moments les plus incongrus. Comme toujours chez lui, l'intrigue avance lentement et les questions s'enchainent dès les premières minutes. Qui est ce Jérémie ? Quels sont ses rapports avec le défunt, sa veuve, son fils ?
Peu à peu, le réalisateur répond à certaines mais pas à toutes, ce serait trop facile ! Et ce petit village qui avait l'air très "normal" à première vue va peu à peu révéler ses bizarreries. Et là, c'est l'humour absurde de Guiraudie qui entre en scène, cet humour qui est sa marque de fabrique et dézingue les clichés à tout va. L'ancien ami d'enfance qui cherche à peloter le héros dans des bagarres viriles, le voisin qui se ballade en marcel et passe son temps à prendre l'apéro, et surtout ce curé incroyable qui hante les bois à la recherche de champignons et fait de drôles de confessions tout en sous-entendus égrillards...
Peu à peu, le film vire au polar avec la disparition d'un des personnages mais l'apparition des gendarmes ne fait guère avancer l'enquête qui sert surtout de prétexte à Guiraudie pour parler de pardon et de culpabilité, de désir et de frustration, de jalousie aussi. Si tous les acteurs sont d'une justesse remarquable, on décernera deux mentions spéciales à Jean-Baptiste Durand, le réalisateur de "Chien de la casse" qui incarne ici l'inquiétant Vincent et à Jacques Develay, dans le rôle de l'abbé Grisolle. C'est à lui qu'on doit la scène la plus désopilante du film et c'est lui la révélation du casting, comme le fut Patrick D'Assumçao dans "L'inconnu du lac".
"Miséricorde" d'Alain Guiraudie avec Félix Kysyl, Catherine Frot, Jean-Baptiste Durand, Jacques Develay et David Ayala, Blaq Out, 19,99€



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